Illustration of a futuristic transformer journeying through various dimensions, depicting mental health and transformation...

Je suis TDAH : comment l’ai-je su ? Quel est mon parcours ?

Je suis TDAH. Comment tu l’as su ? C’est quoi ton parcours ? Voici la question que m’a posée une des participantes au début de notre dernière réunion de réseautage pour femme entrepreneuses. Les réunions de réseautage, tous les entrepreneurs connaissent : on se réunit, chacun et chacun se présente et présente son activité. Après quelques rencontres on finit par mieux se connaitre et les discussions peuvent devenir un peu plus personnelles. J’ai d’abord été un peu déstabilisée par sa question. Je suis TDAH, ou plutôt j’ai un TDAH : mon cerveau s’est mis à carburer encore plus vite que d’habitude (ce n’est pas peu dire !). Cette vilaine petite voix d’imposteur m’a vite soufflé dans l’oreille « le sujet ne les intéresse pas !

casual group of diverse friends relaxing indoors

Elles s’en fichent, elles veulent juste se moquer de toi ! de toute façon tu n’auras jamais le temps de raconter ton parcours c’est bien trop long et … chiant… » Bref. J’avais à ce moment là deux solutions, attraper mon sac et partir en courant plus vte que mon ombre et surtout, ne jamais revenir, ou respirer, m’installer confortablement et leur demander si elles avaient le temps et l’envie de savoir. Heureusement j’ai choisi la 2ème option. Et à ma grande surprise les autres personnes ont-elles aussi voulu en savoir plus car cette notion de TDAH et de neuro atypie que j’avais brièvement décrite dans d’autres rencontres les avait interpellé et évoqué chez certaines d’entre elles des traits de caractères ou des difficultés qu’elles semblaient reconnaitre. Alors j’ai raconté.

Je suis TDAH : Mon parcours avant le diagnostic : entre passion, perte de sens et quête d’équilibre.

J’ai repris mon parcours professionnel un peu chaotique déjà expliqué dans l’article « Tout s’est éclairé depuis que je sais que je suis TDAH ». J’ai occupé différents postes, souvent à responsabilités, avec des supérieurs toujours satisfaits de mon travail, des perspectives d’évolution… A chaque fois, c’est le même schéma. Au bout de quelques années, sensation d’étouffer, de ne plus comprendre ce qu’on attend de moi, de perdre le sens de mon travail. Et toujours, la même issue : partir. Ah, les départ je crois que je les ai tous testés : démission, licenciement pour faute. Re-démission, licenciement pour inaptitude, rupture conventionnelle (ah non pardon ils ont refusé) donc re-re-démission… Tout cela pour en arriver à 43 ans, un 3ème burn-out. Un corps épuisé, une tête en feu. 6 mois d’arrêt de travail et l’impression de ne plus rien supporter du monde qui m’entourait.  Sans le savoir, je suis TDAH et j’en souffre.

woman putting her head down on the desk
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Remise en question

Nous sommes alors en 2020. Le monde entier vit une immense remise en question et moi aussi. En arrêt de travail le via m’amène à rencontrer un sophrologue. Je fais déjà quelques séances avec lui qui me font un bien fou. Je peux parler librement sans me sentir jugée.Pendant les séances mon cerveau que je nommerai « Jean-Pierre » s’arrête de penser. Jean-Pierre se calme dès les 1ères intonations en terpnos logos, technique de langage utilisé par le sophrologue. Cette technique nous amène dans un état modifié de conscience qui nous permet de lâcher prise. Jean-Pierre arrête de penser et de partir dans tous les sens ! Lui qui d’habitude accouche de 50 idées à la minute, devient silencieux.

Tout est calme dans ma tête. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! Progressivement, ces séances me redonnent de l’énergie et me reconnectent à moi-même. Je réalise que mon travail d’alors allait à l’encontre de mes valeurs. Alors, je les pose sur papier. Rapidement, une évidence s’impose : j’ai besoin d’autonomie, de plaisir, et surtout, de contribuer à quelque chose de plus grand que moi.

Et si j’en faisais mon métier ?

TDAH et travail passion

Une photo de trois livres avec un jade, un lavande et un rose, au dos desquels des motifs dorés, sur une petite table, sur...

Je suis TDAH, je ne le sais toujours pas et je pense avoir trouvé la solution. Ce serait un travail-passion. Et la sophrologie me parait être une très bonne porte d’entrée. En plus ça tombe bien, mon sophrologue est aussi formateur. Il me propose donc d’intégrer son école. En 3 mois je rattrape les cours de la promotion qui a démarré en septembre 2019 et qui s’est arrêté au printemps 2020 suite au confinement. Je rejoins donc cette promotion en septembre, un weekend par mois à 3 heures de chez moi. Et je travaille, j’apprends. Je m’entraine sans relâche. Perfectionniste, passionnée, jusqu’au-boutiste : je donne tout. J’obtiens donc ma certification en décembre 2020 avec la mention excellent. Et j’ouvre mon 1er cabinet en février 2021 en tant que sophrologue.

TDAH et syndrome de l’imposteur

Les premiers clients arrivent, de beaux accompagnements, des retours plus qu’encourageants et touchants. Ça y est, j’y suis, après toutes ces années j’ai enfin trouvé ma place ! Ouf. Mais ça c’était compter sans Jean-Pierre qui après ces quelques mois de dur labeur s’est vite réveillé. Comme je suis TDAH, le syndrome de l’imposteur est nettement plus marqué chez moi. « Qui es-tu pour prétendre aider les autres ? Imposteur ? La dame était contente et t’a remerciée mais tu sais très bien que c’est juste parce que tu es gentille, elle ne voulait pas te faire de peine voyons… » Merci Jean Pierre !

Et les mois passent : je dois communiquer sur mon activité, m’inscrire sur les réseaux sociaux, réseauter. Et plus le temps passe plus c’est compliqué pour moi. Imaginez si quelqu’un qui me connait jugeait ma publication ? La honte, la honte, vraiment la honte… J’ai tenté de déléguer mais les publis ne me ressemblaient pas et je me sentais toujours autant dans l’imposture malgré mes bons résultats. Comme je suis TDAH je ne pouvais pas supporter le fait que quelqu’un écrive en mon nom. Je savais au fond de moi qu’il me manquait encore quelque chose, une pièce du puzzle que je n’avais pas encore trouvée, celle qui supprimerait définitivement ce sentiment de honte et d’imposture qui me poursuit depuis l’enfance.

la découverte du TDAH : pièce manquante du puzzle

L’orthopédagogue

Alors j’ai lu, beaucoup de livre en développement personnel, j’ai tenté de comprendre la loi de l’attraction, j’ai travaillé sur les blessures de l’âme, les blessures transgénérationnelles. J’ai libéré mes ancêtres et moi-même, je me suis formée sur d’autres rituels de libération pour ne plus être prisonnière de cet état d’esprit, de Jean Pierre qui continuait sans arrêt à me critiquer et me dévaloriser. J’ai explosé mes croyances limitantes et mes plafonds de verre. Cela m’a pris 4 ans.

Et un jour, une des personnes que j’accompagnais m’a dit qu’elle avait pris rendez-vous avec une orthopédagogue pour tenter de comprendre d’où venaient ses propres difficultés (problème de concentration, mémoire, hyperactivité, gestion des émotions compliquée…). Ce rendez-vous lui avait permis de comprendre énormément de choses sur son mode de fonctionnement et lui avait révélé qu’elle était neuro-atypique. Je n’avais jamais entendu ce terme, ou du moins, il ne me parlait pas plus que ça. Mais, poussée par la curiosité et connaissant le profil de ma cliente, je savais que si elle y avait trouvé satisfaction, il en serait de même pour moi. Cet épisode, je vous l’ai raconté en détail dans l’article « Tout s’est éclairé depuis que je sais que je suis TDAH », je ne vais pas revenir là-dessus.

Le médecin généraliste

Ce qui m’intéresse ici c’est de mettre en lumière le parcours tel que je l’ai suivi et où j’en suis aujourd’hui. C’est donc munie du compte rendu « tamponné » TDAH et HPI que je me suis rendu chez mon médecin pour demander un courrier me permettant de voir un spécialiste capable de confirmer le diagnostic. Et là, chez mon médecin c’est la grosse surprise : lorsque je lui explique ma rencontre avec l’orthopédagogue, le dépistage des neuro-atypie et mon souhait de valider, il me coupe et me dit instantanément « TDAH ? »  Je n’avais même pas encore formulé le résultat. Je reste incrédule et lui dit simplement « Oui, je suis TDAH mais comment vous savez ? » Il me répond qu’il l’a toujours su et qu’il pensait que moi-même j’était au courant. Autant vous dire que je suis restée sonnée.

close up photo of a stethoscope

Cela faisait des années que je cherchais à comprendre ce qui dysfonctionnait chez moi, pourquoi je me sentais si différente et lui savait, et lui, pensait que je savais. C’est vrai qu’on avait souvent parlé de mon parcours, de cette casquette HPI qui m’avait été collée depuis toute petite et malgré le fait que ce soit un excellent médecin, qui prend son temps, qui écoute, qui échange et bien l’info « je suis TDAH » n‘était jamais passée.

Comme quoi, il ne faut jamais hésiter à dire et redire les choses même à votre médecin, même si vous avez l’impression qu’il vous a tout dit. Peut-être que si je lui avais expliqué ma quête de recherche de cette pièce de puzzle manquante il m’aurait dit que j’avais un TDAH. Je ne le saurai jamais. Ce qui compte à présent c’est la suite. Il me propose donc de rencontrer une neuro-psy qu’il me recommande.

la neuropsychologue

Rendez-vous est pris 4 mois plus tard. Je débute alors un autre parcours : je préparer mon 1er rendez-vous en notant toute une liste de choses que je veux lui dire … et j’en oublie la moitié. Au 1er rendez-vous je ressors avec le sentiment d’avoir été brouillonne, d’avoir parlé trop vite, de n’avoir pas été claire sur mon parcours donc je rectifie pour le prochain rendez-vous. Je note à nouveau les choses que j’ai oublié de dire et je me promets de prendre le temps de les déposer calmement. Les rendez-vous s’enchaînent ensuite entre questionnaires et test, puis temps d’échange. En 3 mois mon profil psychologique sera bien dessiné.

Elle m’a proposé différents tests: compétences verbales, raisonnement perceptif, attention et fonctions exécutives, mémoire, évaluations comportementales… Des cases à cocher, des dessins, des mots à retenir, à reformuler, des questionnaires qui me donnaient l’impression que le résultat de tout ça n’arriverait jamais. En fait, la première fois que j’ai vu la neuropsy, elle m’avait dit que le bilan se déroulerait en 4 séances environ. J’ai bien vite sorti le mot « environ » de ma tête. Je passe donc 3 séances de tests et le jour de la 4ème séance je me rends au rendez-vous impatiente de connaitre le résultat. Là c’est la douche froide: j’apprends que je dois encore réaliser d’autres tests. Et oui « environ » 4 séances, suivant mon profil. Je n’ai pas les mots pour expliquer mon ressenti à ce moment précis.

Effondrée, déçue, nulle, l’impression de n’être qu’un pion à ses yeux? Alors je me replonge dans les tests et les questionnaires. En fin de séance elle m’annonce qu’elle va analyser tous mes résultats et préparer un compte rendu mais que je devrai peut-être repasser d’autres tests. Le rdv est pris pour LE BILAN. Un mois encore à attendre.

Le bilan neuropsy

Début décembre, comme un cadeau de Noël avec un peu d’avance, le rendez-vous final arrive enfin. Je me sens fébrile, inquiète et anxieuse à l’idée de m’être trompée. Si je n’avais pas un TDAH? Si j’étais juste « normale »? Je n’aurais plus d’explications valables pour expliquer mon mode de fonctionnement… Je me rends au rendez-vous avec mon mari qui a tout naturellement accepté de m’accompagner.

La neuropsy nous accueille dans son bureau et nous fais assoir. Elle réexplique le contexte et nous informe qu’elle va lire le compte rendu. Et elle commence à lire… encore… et encore. J’ai l’impression d’assister à la restitution d’un oral après un examen. « En contexte d’évaluation, MADAME semble être en mesure de… ». « MADAME présente des capacités supérieures à dans sa mémoire de travail ». « MADAME semble présenter des compétences adaptatives se situant au niveau faible… » Et finalement après une vingtaine de minutes interminables j’entends « En définitive, le bilan de MADAME tend à indique la présence d’un haut potentiel intellectuel (HPI) mais également la présence de signes cliniques relevant d’un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Comment vous décrire ce qui se passe dans ma tête à ce moment là? Je capte le regard de mon époux qui semble me dire ‘Tu vois tu avais raison, ça y est, tu es clair maintenant ». Et cette adorable neuropsy qui continue sa lecture sans que j’en comprenne un seul mot. Je me mets à pleurer de joie, de tristesse, ou de soulagement. Un mélange de tout ça. Pour moi le résultat est là, écrit. Je suis TDAH et HPI. A travers ces tests, elle a su vérifier et montrer pourquoi c’était si difficile pour moi de faire face à mon quotidien. Enfin j’ai la preuve.

Et maintenant ? Je suis toujours TDAH mais j’accompagne autrement

En parallèle, je me suis formée sur l’accompagnement des personnes avec TDAH et plus particulièrement des femmes adultes non dépistée. Il faut savoir que des pays comme la Suisse et le Canada sont beaucoup plus avancés que nous dans ces domaines de recherche. En France il n’y a aucun parcours prédéfini pour les adultes neuro-atypiques non diagnostiqués. La neuropsy n’est pas habilitée à établir un diagnostic, seul le psychiatre peut le faire. A chacun de voir ce dont il a besoin. Il existe aussi des traitements pour compenser mais c’est un terrain que je ne connais pas encore bien. De plus, aujourd’hui de nombreuses publications scientifiques mettent en évidence l’impact de la péri ménopause et de la ménopause sur les fonctionnements des femmes neuro-atypiques.

illustration of a head and butterflies around the scalp and inside the brain

Des réalités souvent méconnues : décompensation, difficultés de concentration, pertes de mémoires plus marquées, fatigue intense et tellement d’autres choses que je détaillerai à mesure que j’avancerai dans ce parcours. Je ne suis pas en mesure d’établir un dépistage et encore moins un diagnostic vous permettant de déclarer « Je suis TDAH » mais, dans l’attente, les techniques de compensation que j’ai mise en place tout au long de ma vie peuvent vous aider. Je n’ai peut-être qu’un petit pas d’avance sur vous sur votre parcours mais c’est suffisant pour éclairer le chemin.  Aujourd’hui, j’accompagne avec douceur et intuition les femmes qui, comme moi, ont longtemps cru qu’elles étaient “trop” : trop sensibles, trop dispersées, trop tout. Et si, au fond, nous étions simplement faites autrement ? Notre neuro-atypie n’est pas un frein. C’est une boussole. Une force. Et c’est cette force que je peux t’aider à apprivoiser.

Petit aparté

J’ai volontairement caricaturé le comportement de la neuropsy qui m’a accompagné lorsque je relate l’entretien bilan de début décembre. J’aurais, c’est vrai, préféré qu’elle dise Maryline ou Mme DIDIER dans son compte rendu et qu’elle me laisse le temps de me remettre de mes émotions après l’annonce des résultats. Mais je tiens à préciser que l’accompagnement qu’elle m’a proposé m’a vraiment permis d’avancer et de prendre confiance en moi. Le fait qu’elle aie aussi décidé de me proposer davantage de tests est rassurant et conforte encore plus les résultats obtenus. elle est rigoureuse et très professionnelle. Je la recommande sans hésiter : Mme Clémence HENRIET à Besançon.

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