Quand le TDAH s’invite dans le couple
Et si ce n’était pas un manque d’amour, mais un décalage de fonctionnement ?
Pendant longtemps, j’ai cru que les difficultés dans le couple se résumaient à une histoire de caractère, de maturité ou de timing. Une rencontre trop précoce ou un empressement de devenir adulte sans être vraiment prête. Un divorce à l’âge de 30 ans puis un remariage 2 ans plus tard basé sur l’Amour bien sûr mais aussi sur une communication solide et sincère. Je me rends compte aujourd’hui que j’ai eu énormément de chance de rencontrer un compagnon de route toujours à l’écoute, d’une patience quasi sans faille et qui n’a surtout jamais remis en question mon mode de fonctionnement.
C’est pourquoi dans notre relation le TDAH est passé quasiment inaperçu jusqu’à l’an dernier où j’ai commencé à me poser des questions sur mon propre mode de fonctionnement. J’ai longtemps pensé que les nombreuses difficultés que j’avais rencontrées dans ma vie étaient liées à des éléments extérieurs à moi :
- soit mon entourage professionnel ne me comprenait pas, je n’étais pas à ma place
- soit mon ex conjoint qui n’était simplement pas la bonne personne
E je pensais avoir assumé mes responsabilités tant dans notre séparation que dans ma carrière professionnelle quelque peu chaotique.

Et puis il y a eu ce bilan neuropsy. Ce moment où certaines pièces du puzzle se sont remises en place.
Avec le TDAH, on ne “vit” pas seulement des oublis ou des problèmes d’organisation. On vit parfois des montagnes russes internes remplies d’émotions très fortes autant positives que négatives. On peut aussi ressentir soudainement une urgence à dire les choses telles qu’on les pense, à partager un ressenti. D’autre fois cela peut être une difficulté à passer à l’action puis un besoin de faire tout, tout de suite. Et quand on est en couple, le partenaire se retrouve souvent face à ces variations, sans forcément avoir le mode d’emploi.
Alors j’ai eu envie de poser ça ici : non pas pour trouver un coupable, mais pour mettre des mots sur des mécanismes. Et permettre à d’autres de se dire, au fil des lignes : “Mais… son histoire me fait penser à moi.”
1) Couple et TDAH – Le décalage émotionnel : quand je vibre… et que l’autre gère le réel
Chez beaucoup de personnes TDAH, les émotions peuvent être très intenses. Une musique, un souvenir, une ambiance et c’est tout le corps qui entre en vibration. Le souci, c’est que l’autre ne ressent pas forcément la même chose au même moment. Et ce décalage peut faire mal, parce qu’on peut le traduire très vite par : “Il/elle ne me voit pas. Il/elle n’est pas avec moi.”
Je me revois sur la route des vacances, du côté de Brive-la-Gaillarde. Une époque où on ne choisissait pas sa playlist : c’était la radio ou un CD, point. Et là, la chanson de Raphael, Caravane, passe. Je suis littéralement portée par la musique. Les larmes me montent aux yeux et je ressens un truc grand, beau et fortement vibrant.
Et en face ? Mon ex-mari s’énerve parce qu’il y a du monde sur la route et que ça bouchonne. Deux réalités qui se confrontent en même temps : moi dans l’émotion, lui dans le trafic. Et dans ce genre de moment, si on ne comprend pas ce qui se joue, on peut se sentir seule… alors que l’autre est juste en train de gérer quelque chose de concret.
Suite à cet épisode j’ai appris sans m’en rendre compte, à garder pour moi ces émotions un peu décalées.
Alors comment faire pour ne pas souffrir de ces décalages ?
Se rappeler une règle simple : « ne pas ressentir pareil » n’équivaut pas à « ne pas aimer ». Avec mon nouveau compagnon, sans nous en rendre compte, nous avons appris à partager notre état d’esprit du moment. Si l’un ressent un truc et pas l’autre ce n’est pas grave, nous sommes là l’un pour l’autre et c’est suffisant. Le simple fait d’être présent suffit à rassurer. L’idée n’est pas d’attendre une “copie conforme” de notre émotion chez l’autre pour se sentir reliée.
2) Couple et TDAH – Lire l’ambiance : quand je “sens” tout… et que j’attends un signe
Beaucoup de personnes TDAH deviennent expertes en lecture de micro-signaux : ton de voix, énergie, regard. On “capte” vite si l’autre est disponible ou non. Le problème, c’est qu’on peut ensuite se retrouver à attendre : attendre qu’il pose des questions, attendre une ouverture… et si elle ne vient pas, ça bouillonne.
Avec mon conjoint, c’est souvent au moment où nous nous retrouvons en fin de journée. Je sens tout de suite s’il est enjoué et dispo ou si, au contraire sa journée a été lourde. Quand je sens qu’il est fatigué ou tendu, je me retiens. J’attends qu’il me pose des questions. Et s’il ne les pose pas… je peux bouillir intérieurement, m’isoler, me refermer. Pas parce que je veux punir, mais parce que ça devient trop inconfortable d’avoir un besoin fort de raconter ma journée sans pouvoir le faire.
J’avoue aussi qu’il m’est parfois arrivé de l’appeler en pleine journée pour lui raconter un truc fort que je venais de vivre par exemple. Quand j’y repense aujourd’hui je me sens hyper intrusive et épuisante. J’ai même un peu honte de moi.
La sensation de rejet arrive très vite alors que cela n’a rien à voir avec moi. Depuis que nous connaissons l’existence du TDAH nous avons longuement échangé à ce sujet afin de trouver le meilleur équilibre possible.
Il y a plein de manière différente d’évacuer ce trop-plein émotionnel : écrire ou enregistrer par exemple ? Prendre aussi le temps d’écouter l’autre raconter ses propres aventures du jour. Et surtout accepter que l’autre nous dise « Non pas maintenant, je suis fatigué ». Cela ne veut pas dire qu’il ne nous aime plus mais juste que là, ses batteries sont à plat. Ce sont deux choses bien différentes.
3) Couple et TDAH – Le mode “pas maintenant… MAINTENANT” : l’administratif comme zone de guerre
Le TDAH touche les fonctions exécutives : initier une tâche, planifier, organiser, suivre. Beaucoup de personnes repoussent l’administratif… jusqu’au moment où, mentalement, elles sont prêtes. Et quand elles sont prêtes : c’est MAINTENANT. Sauf que le monde (et le conjoint) n’est pas toujours calé sur ce timing.
Moi, par exemple j’ai beaucoup de mal à enclencher ces dossiers. Mais quand je me sens prête, je veux que ça avance tout de suite et tout doit être prêt quand je l’ai décidé. Cédric mon mari, a plutôt tendance à faire beaucoup de choses à la dernière minute. Du coup, récupérer des justificatifs (frais réels pour les impôts, factures, documents, fichiers…) peut vite devenir compliqué. Et cette différence de rythme met de la tension : lui est dans “je ferai”, moi je suis dans “là, sinon je perds mon élan”. Résultat : tension, stress et parfois dispute.
Alors sachant que la déclaration d’impôts tout comme le bilan de fin d’année est obligatoire, comment gérer tout cela au mieux ?
Avec les années, je me rends compte qu’on a mis en place un rituel sans le savoir. Quelques jours avant la deadline l’un commence à dire « il faut qu’on fasse ce dossier » puis l’autre enchaine avec « ok, je m’occupe de ça et ça et toi tu prends ça ». Mais le rituel ne s’arrête pas là, ce serait trop facile. Alors le lendemain ou surlendemain rebelote : « au fait on doit absolument se poser pour ce dossier, as-tu préparé les éléments » ? Puis comme par miracle chacun prépare ses dossiers en fonction de la répartition qu’on s’est donné.
C’est comme si l’un voulait faire plaisir à l’autre en faisant ce qui a été prévu. Sauf que cela se fait naturellement et sans tension. Nous parvenons ainsi à boucler les dossiers dans les temps. Bon, cela n’exclue pas encore toutes les tensions surtout lorsque j’ai enregistré des documents sans pouvoir me souvenir où je les ai mis mais… on y travaille ! Dernièrement on a réussi à mettre en place une méthode de stockage avec un “dossier unique” (physique ou numérique) pour mettre tous les documents au même endroit. J’avoue que je coince encore parfois pour me rappeler comment retrouver le dossier sur le cloud mais à force de répétition ça finit par rentrer.
Je dois quand même avouer que si Cédric était moins patient cela ne fonctionnerait pas aussi bien. La patience et la compréhension sont deux vertus indispensables dans un couple avec TDAH.
4) Couple et TDAH – Changer d’avis à la dernière minute : quand l’angoisse décide à ma place
Avec le TDAH, on peut être enthousiaste, décider d’un projet de sortie à deux par exemple puis se faire happer par un film mental. Peur ou culpabilité financière, angoisse sans raison en lien avec ce projet, fatigue, manque d’entrain… On devient anxieux et on finit par annuler sans raison valable. Cela n’impactait pas directement mon couple, mon mari étant conciliant et plutôt « bonne pâte » il me laissait décider sans jamais rechigner. En revanche c’est plus mes enfants qui en ont souffert. Souvent je cherchais une excuse pour annuler la sortie et elles ne pouvaient pas comprendre. Je ne me rendais pas compte de l’impact de mon changement d’avis.
Il y a deux ans, on devait partir une semaine en Suisse, en van, là où mon conjoint s’est formé en géobiologie. Une semaine avant, je me suis fait tout un film : financièrement, ce n’était pas raisonnable, nous venions de déménager et nous avions plein de travaux prévus dans la maison. Et j’ai annulé. Notre petite dernière m’en veut encore. Et je comprends. Parce que vu de l’extérieur, ça ressemble à une décision froide ou incohérente. Alors que de l’intérieur, c’est souvent une tentative de se protéger… maladroitement.
Aujourd’hui j’en prends toute la mesure et je m’en veux énormément. D’autant plus que dans mes souvenirs, ma mère faisait la même chose avec nous quand j’étais petite. Et oui, le TDAH est héréditaire…
Alors comment éviter que cela se reproduise ?
Je me dis que peut-être je devrais réfléchir avant de faire part de mes envies et surtout ne plus confondre envie et décisions. Prendre le temps de poser les choses et informer mon entourage qu’une fois certaine que le projet est réalisable. J’ai encore du chemin à faire sur ce plan mais le problème est identifié donc c’est un début.
5) Couple et TDAH – Sexualité : tout ou rien, et le mental qui ne s’éteint pas
La sexualité peut être très impactée par le TDAH : fluctuations de libido, fatigue, pensées qui tournent, distractibilité. Et parfois, une remarque (même petite) peut bloquer net l’accès au désir. Si on ajoute à cela la jolie période sympathique de péri ménopause et tous ses aléas, je vous laisse imaginer…
Pour moi, c’est tout ou rien. Des périodes ++, et d’autres sans aucune libido. La difficulté à calmer mes pensées. Et la moindre remarque qui peut tout bloquer. Sur ce point, nous avions aussi agit avant d’entendre parler du TDAH de l’adulte. Je le dis et le répète, rien ne vaut une communication claire et transparente. Expliquer ses ressentis, ses envies et ses besoins. Oser dire Non qu’il s’agisse de Madame ou de Monsieur. Partager et surtout déculpabiliser. Il y a tellement de façon de faire l’amour ! Souvenez-vous : fluctuation de libido ne veut pas dire fluctuation des sentiments.
6) Couple et TDAH – Celui qui laisse tout trainer
Je crois que j’ai commencé à ranger correctement mon intérieur vers l’âge de 25 ou 30 ans et encore… Il m’a fallu passer la barre des 40 pour comprendre que pour avoir une maison rangée, chaque chose doit avoir sa place. Sans être informée du TDAH j’avais déjà mis tout un système en place pour éviter de perdre mes affaires.
Je ne vous l’ai pas dit jusqu’ici mais nous pensons que mon mari a lui aussi un léger TDAH : il oublie très souvent les tâches qu’il a prévu de faire s’il ne les note pas et c’est un bordèlique avéré. Il a un peu tendance à poser les choses là où il se trouve. Alors dans la maison, comme la plupart des choses ont leur place il gère à peu prêt mais dans son atelier… Je vous laisse imaginer. J’ai tenté de ranger, de trier avec lui mais ma logique n’est pas la sienne et la bazar revient toujours au galop. On en a parlé plusieurs fois sans vraiment trouver de solution. Alors j’ai lâché l’affaire et j’ai accepté que son antre ne soit pas parfait comme je l’aimerais. C’est son terrain de jeux pas le mien.
7) Couple et TDAH – Le déclic : comprendre, sans accuser
J’aimerais aussi prendre quelques instants pour revenir sur ma séparation à l’âge de 30 ans. J’étais toujours partie du principe que nous étions deux responsables dans cette histoire et je n’ai pas changé d’avis. Simplement, le fait de savoir aujourd’hui que j’ai un TDAH m’a permis de déculpabiliser et de mieux comprendre le comportement que j’ai pu avoir envers mon ex. Lui m’a souvent trouvée « Trop ». Trop impatiente, trop exigeante, trop émotive. Le diagnostic (ou la compréhension du TDAH) peut recontextualiser : pas pour réécrire le passé, mais pour le comprendre.
Après mon divorce, je ne me suis jamais posé la question du “pourquoi”. J’ai longtemps expliqué la séparation par le fait de m’être mariée trop jeune, d’avoir voulu mon indépendance trop tôt. Mais après le bilan neuropsy, certaines choses me sont revenues. Et j’ai compris que mon ex-mari n’avait alors pas les ressources pour faire face à mon fonctionnement. On ne pouvait simplement pas se comprendre.
Il n’a pas question ici de juger quoi ou qui que ce soit. Juste de poser les choses sous le regard du TDAH.
Pour conclure
Selon moi, le vrai danger dans le couple, ce n’est pas le TDAH mais plutôt le manque de communication et de connaissances à ce sujet. Accepter que l’autre soit différent et parfaitement imparfait. Avancer ensemble, observer, rectifier sans juger si besoin et surtout, déculpabiliser. Aujourd’hui, dès qu’il y a un grain de sable, on essaie de comprendre : est-ce le TDAH ? Ou autre chose ? Et on en parle sans tabou. Alors oui c’est vrai, le TDAH s’est invité dans notre cocon et nous l’acceptons. Le but maintenant ? en faire une véritable force pour notre couple plutôt qu’un obstacle et relativiser. Il y a plus grave dans la vie non ?
Quand je me repasse le film de notre histoire je me rends compte qu’au début je ne pouvais rien faire sans mon conjoint. Nous étions hyper fusionnels et cela me rassurait. Avec le temps j’ai appris à faire des choses seule en prenant conscience que cela n’avait rien à voir avec le fait de ne pas nous aimer. De son côté lui a aussi commencé à pratiquer des activités sans moi. Cela nous permet d’avoir plus de choses à nous raconter et parfois aussi de récréer cette sensation de manque indispensable selon moi, dans l’équilibre du couple. Pour preuve, à l’heure où je rédige cet article je suis dans le TGV direction Quimper pour aller rendre visite à une amie très chère et passer quelques jours avec elle !
?? Note de clôture
Rien ne remplace un avis médical ou un accompagnement adapté. Cet article n’a pas vocation à diagnostiquer qui que ce soit. Si vous vous reconnaissez et que cela génère souffrance, épuisement ou conflits récurrents, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé ou un spécialiste formé au TDAH. Le couple n’a pas à porter seul ce poids.
