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Changer de téléphone quand on a un TDAH : un simple week-end ou une véritable épreuve mentale ?

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Changer de téléphone quand on a un TDAH ce n’est pas une chose facile à faire. Ce week-end, je me suis enfin décidée à passer à l’action. Le mien donnait des signes de faiblesse depuis quelques temps, la mémoire étant quasi pleine (ce petit détail anodin aura son importance plus tard).

Je change très rarement de téléphone, généralement je les garde 4 ou 5 ans minimum et le fait d’en changer m’inquiète toujours un peu. Cela peut sembler une formalité pour la plupart d’entre vous mais pour moi, il s’agit d’un véritable parcours du combattant qui là, s’est terminé en crise de nerfs.

Je vous raconte.

Changer de téléphone quand on a un TDAH : L’épreuve du choix :

La première difficulté à laquelle je fais face, c’est l’embarras du choix. J’ai consulté les téléphones proposés en ligne, mais malgré les critères sélectionnés, le champ des possibles restait immense. J’avais besoin de comparer chaque élément pour être certaine de ne pas me tromper. Mémoire, taille, autonomie, double SIM, système de navigation… Très vite, je me suis perdue dans ce méandre de possibilités sans parvenir à trancher.

Une paralysie décisionnelle s’est alors installée, nourrie par la peur de se tromper et la crainte du regret. Plus j’analysais, plus mon cerveau saturait.

Sur les conseils de mon mari, j’ai décidé de me rendre en boutique avec quelques critères principaux bien définis. Heureusement, le vendeur a très vite cerné mes besoins et m’a proposé un modèle qui cochait toutes les cases, tout en respectant mon budget. Je me suis immédiatement sentie soulagée. Le choix était fait. Le reste ne devait être qu’une formalité.

La paperasse qui n’en finit pas :

Commence alors un 2ème combat : remplir et signer leur paperasse sans fin. Un dossier de reprise de l’ancien téléphone, un dossier d’achat, un dossier pour la remise commerciale sur l’assurance, un dossier pour le transfert de ligne… bref, je n’ai pas tout retenu donc je vous fais grâce des détails. Juste beaucoup de dossiers à signer pour un simple téléphone. Changer de téléphone quand on a un TDAH ce n’est déjà pas simple alors quand y rajoute autant de paperasse ça devient vraiment épuisant.

Je ne savais plus où donner de la tête. Le vendeur, pourtant très gentil, semblait lui aussi hésiter sur les procédures. Son collègue est finalement intervenu pour reprendre tout depuis le début. Heureusement, tout a pu être corrigé sans que je n’aie à tout recommencer.

Mon mari en a profité pour poser la question du transfert de données, puisque l’opérateur reprenait mon ancien téléphone. Les vendeurs nous expliquent qu’avec une simple application, le transfert se ferait automatiquement sur place et que je repartirais avec un téléphone prêt à l’emploi.

Le transfert des données

Ils enclenchent donc la procédure automatique de transfert, l’horloge affiche 18h50, nous sommes samedi soir. Et là, oh surprise : l’application mentionne le pourcentage de données transférées : 0,1-0,2-0,3… et les minutes passent… 1%, 1,5%, 2%… Je vous la fais courte. Les 2 vendeurs reviennent en nous expliquant que le transfert va durer beaucoup plus longtemps que prévu, heure de fin estimée à 22h30 et qu’avec la meilleure volonté du monde, ils ne pourraient pas rester au magasin aussi tard. Souvenez-vous, mon téléphone était plein !

De mon côté je commence à me sentir un peu tendue et fatiguée de tous ces échanges qui semblent n’en plus finir. Ils nous proposent donc de partir avec les 2 téléphones, de laisser la procédure de transfert se terminer tranquillement chez nous et de revenir en boutique le lundi pour rapporter l’ancien téléphone. Pour ma part, j’ignore totalement comment fonctionnent les applis de transfert de données et cela ne m’intéresse absolument pas. Mon mari s’en charge toujours et cela me va bien. Il pose donc quelques questions au vendeur et nous partons.

Le transfert continue durant le trajet puis s’accélère au retour à la maison avec la reconnexion au wifi. Il est passé 20h00 nous en sommes à 30%.

Nous passons la soirée tranquillement tout en gardant un œil sur le téléphone. La quantité de données transférées augmente tranquillement jusqu’à 21h30, heure à laquelle chez nous, le wifi se coupe automatiquement. Le transfert s’arrête et mon mari m’explique qu’il se remettra en route automatiquement le lendemain matin.

L’attente… sans téléphone

Je prends conscience à ce moment là que je ne vais pas récupérer mon téléphone tout de suite. Je réalise alors que je me confronte à deux sensations différentes : l’impatience et le manque.

Nous sommes devant la TV je regarde le film sans pouvoir scroller sur mon écran, je sens la tension intérieure qui monte de plus en plus. Je n’arrive plus à me concentrer sur le film et mon cerveau part dans tous les sens. Changer de téléphone quand on a un TDAH c’est aussi anticiper un long moment sans pouvoir se connecter. Et si on tentait de me joindre ? Ma mère n’est pas en forme en ce moment et je ne suis pas joignable. Ça m’angoisse.

J’en parle à mon mari qui tente de me rassurer en me montrant que même si la configuration n’est pas terminée, mon téléphone est connecté au réseau. Je peux donc recevoir les appels. Le réconfort est de courte durée car en cas d’urgence, je repense à ma mère, mon frère m’appelle via une appli. Il ne peut donc pas me joindre.

Je garde cela pour moi en tentant de me rassurer car mon frère a aussi le numéro de mon mari et il pourra toujours l’appeler lui s’il y a urgence. Je finis donc par m’apaiser suffisamment pour monter me coucher.

Changer de téléphone quand on a un TDAH : La crise de nerfs

Le lendemain matin, effectivement le téléphone s’est remis en mode « transfert » et nous atteignions enfin les 100% tant attendus. Je me précipite (oui c’est vraiment ça) donc sur mon téléphone pour vérifier que tout est bien configuré et là… c’est la dégringolade.

Une partie de mes applications habituelles est installée mais plus aucun compte activé. Il me faut retrouver tous mes mots de passe, me reconnecter partout, reconfigurer chaque accès.

Avant, j’utilisais essentiellement mon empreinte digitale. Je suis incapable de mémoriser des mots de passe et encore moins de me souvenir de l’endroit où ils sont enregistrés. C’est le chaos, à la fois dans ma tête et sur mon écran.

Je sens la panique monter.

Cédric, mon mari, me propose alors de trier les applications installées pour ne garder que celles dont j’ai besoin. Trier ? Cela signifie faire des choix ! Et choisir est hyper compliqué pour moi déjà en temps normal alors en mode « stressée complet » imaginez…

Je reste bloquée, sans pouvoir agir. Il va falloir trouver une autre solution.

Mon mari m’explique, très calmement, que sans mes mots de passe, il ne peut pas vraiment m’aider. Et c’est là que je craque.

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Je me sens nulle. Dépassée. Incapable. J’explose. Des cris, des larmes, une montée d’angoisse incontrôlable. Tout déborde. Il en prend forcément plein la figure, alors qu’il tente sincèrement de m’aider. La tension monte des deux côtés. Notre paisible dimanche matin se transforme en moment de crise. Malgré une excellente communication au sein de notre couple, changer de téléphone quand on a un TDAH demeure une épreuve pour tous les deux!

Je décide alors, par fierté sans doute, de continuer seule à me battre avec mes comptes. Je réinitialise les mots de passe et j’avance tranquillement. Mon mari préfère rester dans son coin mais je le sens qui me regarde du coin des yeux et qui cherche comment renouer le contact. Très vite il revient et m’explique son ressenti à lui.

Je vous partage ici son témoignage :

Le ressenti de mon conjoint face à mon pétage de plombs

« Pour commencer, j’ai été surpris de la facilité que tu as eue à choisir le nouveau modèle, j’aurais pensé que tu serais restée sur la marque habituelle. Mais non et c’est tant mieux. Ensuite, la configuration de l’appareil fut plus compliquée. Je pensais franchement que tout allait se faire facilement. Or, il me semblait que les dernières fois cela était plus facile. Je sentais que tu voulais que cela aille le plus vite possible, et j’ai fait de mon mieux pour répondre à tes attentes.

Cela m’a vraiment frustré de ne pas y arriver. Sans le vouloir, j’ai dû me mettre la pression pour cela, et cela à affecter mon raisonnement et ma façon de réagir. Ta réaction m’a vraiment mis en colère sur le moment car je ne comprenais pas ce que tu attendais de moi et ce que tu voulais faire seule.  

Après avoir repris notre calme, nous avons pu terminer cela pour que tout soit disponible pour toi et que tu retrouves tes marques le plus rapidement possible et nous y sommes arrivés ensemble. »

L’importance de la communication

Depuis dix-huit ans que nous partageons notre vie, nous avons appris à communiquer bien avant de connaître le TDAH. C’est une base essentielle de notre couple. Il est très rare que nous en arrivions à ce type de crise.

Mais nous restons des êtres humains.

Malgré le travail effectué sur moi, il m’arrive encore de me fatiguer par mon propre fonctionnement. Mon impatience, mon impulsivité, mes difficultés à organiser mes pensées peuvent parfois m’épuiser moi-même. Je culpabilise encore de ne pas toujours réussir à me maîtriser.

Et pourtant, chaque jour, j’avance. Un pas après l’autre. Avec plus de compréhension, plus de douceur, et surtout, un accompagnement précieux.

Pour conclure

Changer de téléphone m’aura permis d’analyser encore plus profondément mon mode de fonctionnement et celui de mon couple. Cette démarche aura mis en lumière de nombreux mécanismes typiques du TDAH adulte. La difficulté à choisir, la paralysie décisionnelle, la surcharge cognitive, l’anxiété anticipatoire, l’intolérance à l’attente, l’impulsivité émotionnelle, la faible tolérance à la frustration et la perte rapide des repères se sont entremêlées jusqu’à provoquer un véritable débordement intérieur.

Ce qui peut sembler anodin pour beaucoup devient alors un enchaînement d’épreuves mentales, où chaque étape sollicite intensément l’attention, la mémoire, l’organisation, la régulation émotionnelle et la capacité d’adaptation. Ce n’est ni une question de volonté, ni un manque de compétences, mais bien le reflet d’un fonctionnement neurologique différent, plus sensible à la surcharge et au stress.

Cet épisode me rappelle combien la compréhension de son propre fonctionnement change profondément le regard que l’on porte sur soi. Elle permet de remplacer la culpabilité par la bienveillance, la dureté par l’acceptation, et le jugement par l’ajustement. Elle rappelle aussi que le TDAH ne se vit jamais seul, mais qu’il se partage au quotidien avec ceux qui nous entourent, dans une dynamique relationnelle qui demande écoute, patience et adaptation mutuelle.

Car derrière chaque tempête intérieure se cache aussi une immense capacité de résilience, d’apprentissage et de transformation.

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