Faire des choix quand on a un TDAH

Faire des choix quand on a un TDAH ce n’est vraiment pas simple. Déjà à la base, je pense que faire un choix n’est facile pour personne. Choisir c’est renoncer. Mais faire des choix quand on a un TDAH c’est encore pire. Il y a quelques semaines je vous parlais de mon changement de téléphone pour lequel j’avais passé des heures sur le net à tenter de trouver le meilleur compromis possible. Je m’étais finalement rendue en boutique pour avoir l’avis d’un vendeur et finalement quasiment le laisser choisir pour moi. En réalité cet embarras du choix se pose dans mon quotidien dès le matin.

Le thé du matin

Au petit déjeuner déjà, mon mari a fini par comprendre que ça ne servait à rien de me demander quel thé je préférais. Thé vert ? thé à la menthe ? Vanille ? Le thé vert est bon pour la santé donc bonne option mais je n’aime pas trop le gout donc menthe c’est pas mal surtout que mon ventre me fait quelques misères comme aujourd’hui. Et en même temps vanille c’est tellement doux au réveil… Et le thé noir aromatisé bergamote c’est si bon… Vous voyez où je veux en venir ? Dès 7heures du matin c’est déjà un casse-tête incroyable de devoir choisir mon thé. Alors Monsieur choisit pour moi et c’est très bien ainsi.

Quel risque à se tromper dans le choix du thé ?

Aucun bien sûr si ce n’est d’être frustrée d’avoir choisi le mauvais. C’est comme au restaurant, si la carte est trop détaillée j’ai peur d’être frustrée de ne pas avoir choisi le bon plat. Le risque encouru ici est donc la frustration et on sait que le TDAH déteste la frustration par-dessus tout. Pour beaucoup de personnes TDAH, ces décisions apparemment anodines peuvent devenir étonnamment inconfortables. Parce que choisir, c’est renoncer. « Et si l’autre était meilleur ? Et si je regrette ? La frustration naît souvent après coup : Le thé choisi paraît moins bon que prévu.
Le plat du voisin semble plus appétissant et au lieu d’un simple “tant pis”, je peux vivre une irritation disproportionnée, m’autocritiquer et ruminer intérieurement pendant longtemps.

Ce n’est pas le thé ou le plat choisi le problème mais plutôt la difficulté à tolérer le renoncement… et l’imperfection.

J’ai pleuré devant le rayon des pâtes

Je peux aussi vous parler de la difficulté pour faire les courses. Acheter à manger pour toute la famille. Durant longtemps cela s’est juste résumé à la corvée hebdomadaire sans difficultés particulières mais depuis quelques années j’ai dû revoir complètement mon organisation à ce sujet. Avant je pouvais me rendre dans un hypermarché et faire le plein de nourriture pour une ou deux semaines sans problèmes. Aujourd’hui je me cantonne aux petites superettes ne proposant que des choix restreins. Car l’an dernier je me suis retrouvée en crise d’angoisse devant un rayon de pâtes. C’était une fin de journée, nous parcourions les magasins depuis le début d’après midi pour acheter divers matériaux pour les travaux de rénovation de notre maison et je commençais à être bien fatiguée. Nous avions décidé avec Cédric de passer à l’hypermarché sur la route du retour afin d’acheter un plat vite fait pour le soir.  Lui se chargeait de passer à la boucherie et moi au rayon pâtes.

Je me revois encore devant ce rayon immense… Celles-ci vont plaire à ma fille mais celles-ci sont moins chères. Oh et celles-ci ? On ne les trouve pas dans l’enseigne où on va habituellement ! Et puis cette marque là irait bien avec la sauce mais ma fille ne va pas aimer… Bref. Blocage mental, impossible de choisir et montée d’angoisse immédiate. Je me sens tellement nulle à cet instant que je me mets à pleurer. Le problème ? Ce sentiment d’être complètement nulle à douter de tout et à imaginer milles scénarios à la fois.

Mon mari m’a retrouvée en larmes sans comprendre ce qui se passait. A ce moment là je n’avais pas encore notion du TDAH, ce n’est que plus tard que nous avons compris ce qu’il s’était passé.

En réalité, ce n’était pas une histoire de pâtes. C’était une surcharge cognitive mêlée à la fatigue de la journée et à la difficulté à tolérer l’incertitude. Symptômes typiques du TDAH.

Je multiplie les achats

Dernièrement j’ai trouvé une nouvelle stratégie pour éviter la frustration due au mauvais choix. Il me fallait des épices pour la cuisine. La marque que je prends habituellement a sorti 2 nouveautés. Je me retrouve à nouveau devant le rayon sans pouvoir me décider. Envie de tester les nouveautés et en même temps, besoin des épices habituelles. Et bien je suis repartie avec 3 boites au lieu d’une… dont 2 pas encore ouvertes et rangées dans le placard.

Heureusement ces achats n’ont pas vraiment d’impact sur mon budget mais comme depuis l’an dernier j’essaie d’analyser mon comportement pour comprendre les limites posées par mon TDAH je sais que je dois faire hyper attention aux achats compulsifs car je serais capable d’appliquer la même technique sur des vêtements ou d’autres produits plus onéreux.

Et pour changer de voiture ?

Parlons maintenant de ma voiture. Je ne fais pas partie de ces personnes qui changent souvent de voiture. Nous achetons plutôt nos véhicules d’occasion et généralement nous les emmenons « jusqu’au bout ». Ceci dit, lorsque la fin semble proche, il faut bien réfléchir à réinvestir. Donc l’an dernier j’ai dû me décider à racheter une nouvelle voiture. J’avais un modèle en tête et je suis allée l’essayer en garage. Accompagnée du commercial me voici au volant d’une voiture automatique, dernier cri, très très différente de la mienne.

J’appréhendais cet essai n’ayant jamais conduit sur automatique mais finalement tout s’est bien passé. Pourtant je n’ai pas transformé l’essai. Très vite de retour au garage le commercial « me vend » son produit. Il mentionne que c’est une occasion unique, qu’elle ne va pas rester en vente longtemps… Il me fout presque la pression alors je renonce. Incapable de me décider aussi vite. De plus, malgré l’essai concluant je ne retrouvais pas mes marques habituelles et surtout « la pêche » que m’apportait ma voiture.

Retour à la maison avec la vieille voiture. Retour aux annonces en ligne. Le modèle de mon ancienne voiture nous avait donné entière satisfaction. Jamais de panne, quasiment aucune réparation, le top ! Et bien savez-vous comment j’ai fait mon choix ? En reprenant le même modèle que précédemment en plus récent.

Mes filles se sont bien moquées de moi. Mais moi, je retrouvais mes repères, pas besoin de temps d’adaptation et, cerise sur le gâteau, une plaque d’immatriculation en or : 888. Car oui, j’ai aussi une approche de la vie un peu ésotérique et le 888 est un numéro censé apporter l’abondance. Ce sera sans doute le sujet d’un prochain article. En matière de choix raisonné c’est zéro pointé. Cette voiture je l’ai choisie avec mon cœur.

Les choix du cœur

En y réfléchissant je me rends compte aujourd’hui qu’une des astuces que j’ai mises en place pour ne plus avoir à subir mes choix c’est de choisir avec mon cœur et pas avec ma tête. Si je reprends le choix du thé : mon cerveau va très vite préparer 1000 scénarios m’empêchant de choisir sereinement. Mon cœur lui va juste sentir ce dont il a besoin ce matin. Pour le resto, même approche. De quoi j’ai envie là maintenant. Au diable la raison ! Et vous savez quoi ? La technique fonctionne ! Depuis que j’accepte de choisir avec mon cœur, je vais plus vite, je suis plus sereine et si je me trompe c’est qu’il y a une bonne raison et surtout ce n’est pas grave.

Pour conclure

Pour conclure sur le sujet de faire des choix lorsqu’on a un TDAH, je dirais simplement que j’ai appris à observer et à analyser mon comportement. J’essaie de ressentir plus que de raisonner lorsque c’est possible et surtout je demande de l’aide si je me sens bloquée, quelque soit la décision à prendre. J’ai pris conscience que je n’avais pas à tout assumer seule et que mes proches ou mes amis sont là pour m’épauler.

?? Note de clôture

Rien ne remplace un avis médical. Cet article n’a pas vocation à diagnostiquer qui que ce soit. Si vous vous reconnaissez et que cela génère souffrance, épuisement ou conflits récurrents, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé formé au TDAH pour obtenir un diagnostic.

De mon côté, j’interviens dans une démarche de soutien pour vous proposer des outils concrets dans le cadre d’un accompagnement personnalisé. Je ne réalise pas de diagnostic médical.

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