Petite fille brillante, trop visible pour certains, invisible pour d’autres…
Récit d’une enfance entre HPI, TDAH et suradaptation
La petite fille sage
Sur le papier, mon enfance entre HPI, TDAH et suradaptation avait tout pour être heureuse. J’avais de bons résultats à l’école, une situation matérielle confortable grâce au travail de mes parents en Suisse. Ils faisaient partie des quelques milliers de frontaliers qui passaient chaque matin la frontière pour aller travailler… Nous avions une très belle maison dans un petit village de l’Est de la France. J’étais cette enfant que les enseignants qualifiaient volontiers de “surdouée” dans les années 80. Je comprenais vite sans avoir à me creuser la tête. Mes instituteurs de primaire et plus tard mes professeurs de collègue disaient que j’avais du potentiel et que je pourrais faire ce que je voudrais plus tard.

Et pourtant, très tôt, j’ai appris autre chose que les mathématiques ou la grammaire : j’ai appris à me taire, à me contenir… et à ne pas déranger. J’étais une petite fille sage, qui n’avais pas le droit de faire des histoires, ni de faire trop de bruit. Dans mon environnement familial, être une “bonne enfant” signifiait avant tout être calme, respecter les règles, être polie et discrète. Ne jamais critiquer le cadre familial ni même penser à le remettre en question. Il ne fallait pas faire de vagues.
Mon père, plutôt autoritaire, ne donnait pas l’impression de réellement s’intéresser à moi. Je grandissais avec le sentiment diffus de ne pas être celle qu’il aurait voulu. J’ai souvent eu l’impression qu’il aurait préféré un garçon et j’en ai eu la confirmation plus tard. Les marques d’affection étaient rares, les encouragements aussi. J’ai toujours été première de ma classe jusqu’en 4ème mais pour mes parents c’était juste « normal ». J’obtenais parfois un « c’est bien ! » au moment où mon bulletin scolaire arrivait dans la boite aux lettres.
Malgré tout cela je n’avais pas le sentiment d’être malheureuse. Je me disais même souvent que j’avais de la chance. Au collège, j’étais même plutôt libre de sortir dehors, faire des tours en vélo ou regarder ce que je voulais à la TV contrairement à certaines de mes copines qui elles, ne disposaient pas de cette liberté. Durant mon enfance j’étais très proche de ma grand-mère maternelle que nous appelions « grand-maman ». Je me souviens qu’à chaque vacances scolaires j’allais en vacances chez elle et j’adorais ça. Je me sentais bien avec elle. Mon grand-père maternel est mort quand j’avais 11 ans mais j’ai peu de souvenirs de lui. Il était très sensible, très réservé et ne partageait pas grand-chose avec moi. Alors que j’étais toujours fourrée dans les jupes de ma grand-maman.
Un jour, je devais avoir 7 ou 8 ans, j’ai entendu ma grand-maman dire à ma mère que ce serait mieux si j’étais plus calme. Cela m’a profondément blessée à l’époque car j’avais eu l’impression de la décevoir. Peur sans doute qu’elle ne m’aime plus, je me suis efforcée à me calmer. C’est vrai que la petite fille sage que je pensais être courrait un peu partout et surtout parlait énormément avec les adultes. Je parlais du matin au soir, j’avais toujours mille questions en tête et je comprends aujourd’hui que cela devait être très fatigant pour mes proches.
Alors je me suis calmée. Avec le recul, je comprends aujourd’hui que cette agitation intérieure, cette intensité émotionnelle, cette difficulté à rester tranquille… étaient peut-être déjà les manifestations d’un TDAH non identifié. Mais à l’époque, elles étaient perçues comme des défauts à corriger. J’ai donc appris à me contenir et à me suradapter.
Le corps comme première différence
Dès la naissance, mon corps a été un marqueur de différence. Je louchais beaucoup. Un strabisme très marqué qui m’a valu 2 opérations à l’âge de 4 ans et 6 ans. Durant cette période, j’ai du porter mes première lunettes avec un cache sur un œil que ma mère changeait chaque semaine. Très tôt, les moqueries ont commencé. Le regard des autres est devenu anxiogène, source de honte plus que de sécurité. J’ai développé une hypervigilance : comment je marche, comment je parle, comment je me tiens, comment je suis perçue… Je ne m’autorisais plus à être moi-même et j’ai perdu à ce moment là une partie de ma personnalité que je ne retrouverai que bien plus tard.
À l’adolescence, cela ne s’est pas arrangé. Lorsque mon corps a commencé à changer, mon père a pris l’habitude de se moquer régulièrement de moi, critiquant mon manque de forme et de féminité. Des phrases peut-être lancées comme des blagues, mais qui s’impriment durablement chez une jeune fille en construction.
Je me souviens que plus petite, chez une nourrice, j’ai été victime d’attouchements. Je n’en ai jamais parlé avant d’écrire cet article. Comme beaucoup d’enfants confrontés à des situations qu’ils ne comprennent pas, j’ai enfoui cela profondément. On apprend très tôt à douter de ce qu’on ressent, à minimiser, à se dire que ce n’est peut-être pas si grave ou pire que c’est de notre faute… et surtout à ne pas déranger. Les parents qui rentrent du travail sont fatigués alors… chut…
Ce silence s’est ajouté aux autres. Celui des émotions contenues, des peurs inavouées, du besoin d’être aimée sans conditions.
Brillante à l’école… jusqu’au lycée
Jusqu’en troisième, tout allait bien scolairement. J’apprenais vite, sans méthode et surtout sans effort particulier. Tout rentrait dans ma tête sans que j’aie à me poser la moindre question. On me félicitait. J’étais “bonne élève”. Le contexte familial dans lequel j’ai grandi me rendait fière de cette réussite. « J’étais la meilleure » et c’est ce que mes parents voulaient donc tout allait bien.
Mais l’entrée au lycée a marqué une rupture. Pour la première fois, comprendre ne suffisait plus. Il fallait s’organiser, planifier, travailler de manière régulière et là, tout s’est compliqué. J’ai éprouvé mes premières difficultés. Impossible de m’organiser, de prioriser, de structurer ou de synthétiser. J’ai fait mes premières crises d’angoisses.
La confiance en moi, jusque-là soutenue par mes résultats, a commencé à s’effriter et le doute s’est installé.
Entre deux mondes : la Suisse
Mon père avait quitté la ferme familiale à 16 ans pour travailler en usine en Suisse. Ce choix lui avait permis de nous offrir une vie confortable. Nous avions plus que beaucoup d’autres familles autour de nous. Une jolie maison, des vacances chaque été en Italie. Mais ce confort matériel s’accompagnait d’un discours familial très critique envers “les Français” qui restaient travailler localement avec des salaires plus modestes. Implicitement, le message était clair : nous étions différents, et d’une certaine manière, meilleurs.
Sauf que moi, profondément empathique, je voyais bien les réalités des autres enfants. Leurs difficultés, leurs manques mais aussi leur familles câlines, aimantes, qui partageaient des moments simples dans la joie sans être dans la critique permanente. Et j’avais honte d’avoir plus, honte d’être différente. Ces autres enfants qui se moquaient régulièrement de moi me renvoyaient aussi à la honte d’être élevée dans un monde qui semblait supérieur au leur.
Sans le savoir, je développais déjà un sentiment d’imposture : je bénéficiais de privilèges que je n’avais pas mérités.
L’orientation impossible
Au moment de choisir une orientation post bac, tout s’est figé. J’avais le niveau pour faire de longues études. On me l’avait toujours dit. Mes parents ne m’aidaient pas dans les démarches de recherche d’orientation car comme j’avais un bon niveau « je pouvais me débrouiller seule ». Mais l’idée de quitter le domicile familial me terrorisait. Partir loin, me retrouver seule, affronter un nouvel environnement me semblait impossible. La peur du bizutage, entre autres, me paralysait.
J’ai donc opté pour un BTS d’analyses biologiques. Une formation qui me permettait de rester proche de chez moi. Un choix dicté davantage par la sécurité que par l’envie. J’ai aussi passé le concours d’infirmière à Delémont, en Suisse et j’ai été prise. Cette perspective plaisait beaucoup à mon père, qui avait l’habitude de placer des personnes dans des emplois en Suisse. Mais j’ai refusé d’y aller car je craignais trop le sang. Il ne l’a jamais accepté et m’en a voulu jusqu’à la fin de ses jours. Maudit regard paternel, source de tellement de blocages inconscients…
Un jour, alors que je lui demandais de me recommander pour travailler en Suisse, il m’a répondu : “Je ne peux pas te recommander, je ne sais pas ce que tu vaux.” Cette phrase a résonné longtemps dans ma tête. Le seul coup de pouce que je lui ai demandé m’a été refusé. Ce refus venait confirmer une croyance déjà bien ancrée : quoi que je fasse, ce ne sera jamais assez.
Quitter la maison
Malgré tout, j’ai quitté le domicile familial à 18 ans. Je me suis mariée très jeune. Un départ nécessaire, même si mon enfance semblait idéale vue de l’extérieur. Car derrière les bons résultats scolaires et la stabilité apparente, il y avait le besoin constant de ne pas décevoir, la peur de ne pas être à la hauteur, la honte de mon corps, les blessures tues et ce sentiment diffus de ne pas être légitime.
Relire son histoire autrement
Aujourd’hui, avec le recul et à la lumière d’un fonctionnement possiblement marqué par le TDAH et le HPI, je relis cette histoire différemment :
- L’enfant brillante mais anxieuse.
- L’adolescente performante mais perdue.
- La jeune adulte qui choisit la sécurité plutôt que l’élan.
Je comprends mieux les racines du doute, du perfectionnisme, de la suradaptation… et du syndrome de l’imposteur que j’ai porté si longtemps. C’est aussi cette relecture qui nourrit aujourd’hui mon engagement auprès des femmes atypiques que j’accompagne au sein de L’Envolée des Chrysalides. Parce que derrière bien des parcours “réussis”, se cachent parfois des enfants qui ont simplement appris, très tôt, à se faire oublier pour être aimés.
Il ne s’agit pas ici de juger et encore moins de condamner car sans ces épreuves je n’en serais pas là aujourd’hui. Tout ce parcours m’a permis de me forger, de comprendre qui j’étais et maintenant, de l’accepter pleinement. Retrouver ma liberté d’Etre, qu’elle qui que je sois, à été l’une des principales clés pour enfin m’accepter telle que j’étais. Cela fait partie intégrante des accompagnements que je propose.
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