Peut-on entrer dans les cases quand on a un TDAH ?
Il y a quelques semaines, j’ai décidé de mettre en place une assurance prévoyance santé. Jusqu’ici, je n’avais pas pris le temps de le faire. Lorsqu’on débute une activité d’entrepreneur, on raisonne souvent en termes de coûts et de dépenses et avoir une bonne assurance à ce moment-là n’est pas une priorité. Ce n’est pas forcément la meilleure manière de voir les choses mais c’est ce que j’ai pensé au moment de la création de L’Envolée il y a un peu plus de cinq ans.
Il y a quelques semaines, j’ai décidé de me renseigner pour mettre en place un contrat de prévoyance en cas de décès afin de protéger mes proches. Cette démarche n’est déjà pas simple pour moi à la base. Prendre le téléphone, contacter un courtier, expliquer ma situation… De par mon fonctionnement, tout échange pour moi est basé sur une approche émotionnelle : mettre mes proches à l’abri, parler de la maladie, parler de la mort… Un rendez-vous pas forcément simple pour moi face au pragmatisme du courtier.
De plus, lorsque je décide de collaborer avec un prestataire, quel qu’il soit, j’attends de lui de la bienveillance et aussi de l’efficacité. Ayant moi-même du mal avec les tâches administratives, si je dois repasser derrière lui, cela devient vite infernal.
La souscription du contrat
Plusieurs entretiens téléphoniques et rendez-vous ont été nécessaires avant de parvenir à trouver une solution répondant à mes besoins. Il finira quand même par me proposer un contrat qui semble répondre à mes attentes. Il m’explique alors la marche à suivre : validation par SMS, signature en ligne et éventuellement questionnaire de santé. Une formalité selon lui. Un grand pas pour moi.
Heureusement, le contrat est signé dans la foulée et quelques jours plus tard je reçois un appel téléphonique m’indiquant que je dispose à présent d’une plateforme en ligne pour gérer mon contrat et que je vais prochainement recevoir un questionnaire de santé à compléter.
Le questionnaire de santé
Effectivement, quelques jours plus tard, le questionnaire arrive par courrier. En réalité, le courrier contient deux questionnaires : le premier nommé questionnaire simplifié et le second questionnaire complémentaire. Pour faire simple, si vous n’avez subi aucun souci de santé au cours des dix dernières années, le premier suffit, mais si vous avez eu la moindre intervention ou arrêt de travail dans les dix dernières années, vous devez remplir le deuxième questionnaire.

Je ne m’étalerai pas ici sur mon état de santé évidemment, mais je préciserai simplement qu’à part les trois burn-out dont j’ai déjà parlé, je n’ai aucun problème particulier nécessitant un signalement dans les questionnaires. C’est donc en toute franchise que je remplis donc les deux questionnaires en expliquant l’épisode de burn-out datant de 2020.
Je renvoie les deux courriers en m’attendant à un retour semblable à ceux déjà reçus sur d’autres contrats : pas de prise en charge en cas de problèmes psychiatriques type burn-out, dépression ou syndrome d’épuisement.
Un complément d’informations
Ce soir, surprise, je reçois un mail m’invitant à me connecter sur la plateforme. On me demande un complément d’information. Je découvre alors que je dois maintenant prendre rendez-vous avec mon médecin traitant. Il y a un troisième questionnaire intitulé « Trouble du psychisme » à remplir.
Déjà rien qu’en voyant le titre, j’ai envie de vomir… Et lorsque je découvre la suite, je reste sans voix.
En lisant le questionnaire en détails on y trouve plusieurs rubriques telles que :
- Fréquence et facteur déclenchant
- type de trouble
- troubles de l’humeur : dépression, troubles bipolaires, dysthymie, cyclothymie
- troubles de la personnalité : antisociale, schizoïde, paranoïaque, borderline, anorexie, boulimie
- troubles du comportement : dissociatifs, schizophrénie, troubles mentaux
- antécédents
- Traitements et suivis
- Environnement et état actuel
J’ai beau relire plusieurs fois, je ne vois rien, absolument rien sur la neuroatypie. J’ai comme l’impression de ne pas rentrer dans les cases. Comment expliquer via ce genre de questionnaire que les burn-out que j’ai connus peuvent être liés à une neuroatypie et plus particulièrement à un TDAH ? Je ne suis pas dépressive ni bipolaire. Jusqu’à preuve du contraire je ne souffre d’aucun trouble de la personnalité ou du comportement. Il n’y a aucune case qui me permet de décrire ma situation. Sans parler de l’item « environnement et état actuel » qui sous-entend « êtes vous guérie? »
La prise en compte des parcours atypiques
A l’heure actuelle je ne sais pas si j’irai au bout de la démarche. J’ai presque l’impression d’être une criminelle en cavale. Comme si je devais montrer patte blanche pour entrer dans le système. Je crois que dans notre pays nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour changer les mœurs et mieux accompagner les personnes concernées par la neuroatypie.
Et pourtant, derrière ces formulaires et ces cases à cocher, il y a une réalité bien plus simple : celle d’une personne qui essaie simplement d’anticiper l’avenir et de protéger les siens. Cette expérience m’a amenée à réfléchir un peu plus largement à la manière dont notre système prend en compte – ou non – les parcours atypiques.
L’impression d’être jugée à travers des cases
Je comprends évidemment la logique des assureurs : évaluer les risques, vérifier les antécédents, mesurer les probabilités. Mais lorsque ces démarches administratives viennent questionner chaque fragilité, chaque diagnostic ou chaque moment difficile d’un parcours de vie, l’exercice peut rapidement devenir déstabilisant.
Pour les personnes ayant un TDAH, ces situations peuvent être encore plus complexes. Les questionnaires longs, les démarches administratives et les échanges très formels avec des interlocuteurs qui raisonnent uniquement en termes de risques et de statistiques peuvent donner l’impression d’être constamment évalué.
On finit presque par se demander si le fait d’avoir un fonctionnement neurologique différent ne nous classe pas automatiquement dans la catégorie des personnes « à problème ».
Une réalité encore mal comprise
Je ne sais pas encore quelle sera l’issue de cette démarche. Peut-être que le contrat sera accepté, peut-être qu’il sera refusé, peut-être que je déciderai simplement de ne pas aller plus loin. Mais cette expérience m’interroge sur une question plus large : comment concilier la réalité des troubles neurodéveloppementaux, de plus en plus reconnus aujourd’hui, avec des systèmes d’assurance qui restent encore largement construits sur des modèles très normatifs du fonctionnement humain ?
Peut-être qu’au fond, la vraie question n’est pas seulement celle de la prévoyance. Quelle place pour les parcours atypiques ? C’est aussi celle du regard que nos institutions portent sur les personnes neuroatypiques : sommes-nous considérés comme des individus capables, simplement différents, ou comme des risques supplémentaires à calculer ?
Je serais curieuse de savoir si parmi mes lecteurs certains se sont déjà reconnus dans cette situation. Et au-delà du fait de ne rentrer dans aucune case, avez-vous parfois l’impression que vos ressentis ne sont pas vraiment pris en compte dans notre système ?
Si vous souhaitez en savoir plus sur les accompagnements que je propose aux personnes neuroatypiques ou à leurs proches, c’est par ici !
